C’est l’extraordinaire histoire d'une femelle qui a niché dans le même nid, année après année jusqu’à la chute de l’arbre porteur. Elle a ensuite adopté un nid sur une plate- forme construite sur un autre arbre distant de 30 m du premier. En 1994, j’avais le privilège de conseiller le gestionnaire "ONF" pour ce qui concernait la conservation et la protection du Balbuzard comme par exemple la réalisation de travaux à proximité des nids sans perturber les oiseaux. Cette même année, la forêt domaniale d’Orléans n’abritait que quatre nids connus. Dès 1995, je me formais au baguage des Balbuzards, auprès de collègues étrangers. En 1994, aucun Balbuzard adulte ne portait de bague de couleur mais trois portaient seulement des bagues métalliques. Pour connaître l’origine de ces oiseaux, il fallait donc essayer de déchiffrer ces dernières. Pour ce faire, des affûts fixes étaient installés à une distance n’excédant pas 60 m des nids afin de pouvoir lire les chiffres sur les bagues à l’aide d’une longue vue équipée d'objectifs allant de 40X à 90X.

L’ONF m’avait généreusement prêté deux roulottes pour travaux forestiers. Elles avaient été tractées et installées sur des emplacements sélectionnés avant l’arrivée des oiseaux au printemps. Il était, bien entendu, indispensable que l’accès aux affûts puisse se faire sans que les oiseaux s’en aperçoivent.  Durant l’été 1994, j’avais pu lire et noter les trois derniers chiffres sur chacune des bagues, mais ce n'était pas suffisant pour connaître le pays dans lequel ces oiseaux avaient été bagués. En 1997, beaucoup de monde souhaitant connaître l'origine de ces trois oiseaux, j'ai organisé leur capture ainsi que celle de leurs partenaires respectifs. J'en ai bien entendu profité pour les munir d'une bague de couleur pour faciliter leurs futures identifications.

Voici les données recueillies pour la femelle dont j’avais déjà réussi à lire les derniers chiffres (367) gravés sur sa bague métallique. Il se confirmait aussi qu'il s’agissait bien toujours du même Balbuzard que nous avions eu en main le 9 juillet 1997 :

Bague métallique patte gauche avec l’inscription Vogelwarte Hiddensee Germania n° 233367.

Une bague de couleur verte contenant un code qui se lit en "zigzag" tout autour de la bague : GY GY GY    a été posée sur sa patte droite.

Cette femelle, désormais baptisée « GY verte » avait été baguée comme poussin dans le Brandebourg en ex RDA en 1992. Elle était donc âgée de 5 ans lors de sa reprise ; son aile pliée mesurait 526 mm, son bec 34,5 mm, et son poids était de 1950 g.

GY est toujours revenue occuper le même nid à ses retours de migration, soit 15 fois jusqu’en 2009 inclus. Cela équivaut à un minimum de 120000 kms parcourus.

Nous ne connaissons ni sa destination ni son lieu d’hivernage mais tout laisse à penser que c’est en Afrique tropicale, comme la plupart des Balbuzards allemands. Elle arrive chaque année entre le 5 et le 12 Mars, avec régularité au vu des aléas météorologiques pouvant la retarder pendant la migration.

Ci-après, nous allons illustrer la reproduction de GY verte et AL noire, son troisième partenaire mâle.

 

Cette femelle porte une bague verte à sa patte  droite avec l’inscription  GY.

Elle est née en Allemagne en 1992 et nous allons raconter son histoire, comme observée, en 2008…

 

Elle est arrivée en France en 1994, où, à l’âge de 2 ans, elle s’est reproduite pour la première fois.
A cette époque, elle ne portait qu'une bague métallique que je n'ai pu lire que partiellement. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé d'essayer de la capturer afin de la munir d'une bague de couleur lisible à distance. Ainsi en 1997, nous lui avons posé une  bague de couleur 
 verte. C’est une femelle exceptionnelle car durant seize années de son existence, trois partenaires se sont succédés, probablement morts en période de reproduction. Le dernier d’entre eux, né et bagué en 2000, était son petit- fils biologique. Il portait une bague noire, avec l’inscription AL.

 

Ici, il s’agit du «  petit- fils biologique »  de GY, lors de la pose d’une bague noire avec l’inscription AL. Cette opération de baguage a eu lieu en juillet 2000 en Forêt d’Orléans, Loiret.

 

 Ici, le mâle, AL, âgé de 4 ans, lors de sa première reproduction en 2004.

 

    AL en 2005, se nourrissant d’un barbeau

 

 

 

                           Le nid d’AL et de GY

 

AL apporte le poisson du soir à GY qui couve.

 

Nombre de jeunes à l’envol produits par ce couple

§  2004           3 jeunes

§  2005           3 jeunes

§  2006           3 jeunes

§  2007           3 jeunes

§  2008           1 jeune *

*sur quatre jeunes élevés jusqu’à cinq semaines,  un seul a survécu après la disparition brutale du mâle AL.

 

 

 

Jour de baguage en 2008

 

  Une triste et macabre découverte lors du baguage des poussins  le 27 Juin 2008 : un jeune vivant et trois cadavres se   trouvaient dans le nid. Pourquoi ?

 

                            

 

 

  Les cadavres furent enlevés et transférés au Muséum des Sciences Naturelles d’Orléans pour autopsie.  L’unique jeune fut bagué P8, et par la suite suivi jusqu’à son émancipation et son départ en migration.

 

 

 

Pendant le baguage, la femelle GY volait au dessus du nid en transportant un morceau de poisson. Mais le mâle AL était absent.

 

 

Le jeune, maintenant muni d’une bague orange, codée P8, fut remis dans le nid.
Peu après le départ de l’équipe de baguage, la femelle
GY revenait au nid avec le poisson.

 

Après la mort des trois jeunes, nous avons cherché à comprendre les raisons de l’absence du mâle AL et à vérifier notre hypothèse selon laquelle il avait disparu. Pendant les mois de Juillet et Août, tous les deux jours, nous sommes allés observer le nid en restant dissimulés. AL ne fut jamais observé mais plusieurs autres Balbuzards ont rendu visite au nid, resté parfois sans surveillance d’adulte.

 

Suite à ces observations, nous avons constaté que la femelle GY surveillait bien son jeune. Cependant et par obligation, elle le quittait pour aller pêcher, malgré le risque de prédation qu'il encourrait en son absence.

 

L’envol du jeune P8 le 7 Juillet 2008

 

Pendant plusieurs heures P8 reste au bord du nid en hésitant à s'envoler

 

Puis il s'élance hors du nid pour un 1er petit vol de 2 à 3 mètres.

 

Il atterrit sur une branche attenant au nid

Il y passe plusieurs heures avant de s'envoler de nouveau

 

Le plus difficile, pour un jeune Balbuzard, c’est de se poser correctement juste après l'envol.

 

En absence de la femelle GY, d’autres Balbuzards ont été attirés par les cris sollicitant du jeune P8. Ici, la femelle orange 69 se pose  sur le perchoir du nid.

 

 

Un autre mâle disponible, orange 8A, vient visiter le nid, le 21 Juillet sans s’y arrêter

 

 

Un autre mâle adulte, porteur d’une bague orange codée 44, a repéré ce nid dont le mâle est absent depuis quelque temps. En absence de la femelle GY il apporte des branches. Le jeune semble contester.

 

 Orange 44 continue à apporter des branches puis des poissons en l'absence de la femelle, toujours contesté par le jeune P8,   jusqu’au jour…

 

…. la femelle, GY, le  prend « en flag » et le chasse de  son nid. Extrêmement fidèle au partenaire, cas rare chez les Balbuzards, attend-t-elle toujours le mâle régulier, AL, absent désormais depuis six semaines ?

 

Le jeune P8 progresse et manifeste une confiance accrue en lui-même, jusqu’au jour où…

 

GY, sur le perchoir, observe et accepte que le nouveau mâle, orange 44, dépose une branche dans le nid. A-t-il démontré ses capacités à être un bon nouveau partenaire potentiel pour l’année prochaine ?

 

Lors des apports de matériaux, acceptés par la femelle, le jeune P8, ne conteste plus la présence du nouveau mâle en fin de saison.

 

Le 4 Août, le jeune P8 vole maintenant depuis presqu'un mois, mais reste toujours à proximité de son nid. Un autre juvénile Balbuzard bagué lui rend visite, malgré  ses contestations.

 

Fin Août, le jeune P8 part en migration, un peu avant sa mère, GY.
GY et son nouveau « fiancé », orange 44, ont été vus la dernière fois ensemble près du nid le 8 Septembre.

 

 

2009

Pour vous relater les faits et la suite de l’histoire de la femelle GY verte, nous avions espéré que « son fiancé de fin de saison 2008 », orange 44 allait revenir pour assurer la suite des reproductions avec la femelle GY.

« Arrivée précocement le 10/03, c'est vers le 15/03 que la femelle habituelle GY a été rejointe par le mâle, RO verte,  du nid voisin, distant de 2 Km. RO n’a pas attendu sa femelle, ES verte, qui arrivait toujours avant lui. C'est après la période d'accouplements et alors que la ponte était commencée que le jeune mâle 44 (déjà présent en 2008 après la disparition du mâle précédent AL) est arrivé vers le 3/04 et a évincé le mâle RO. N'acceptant de couver que 4 jours après son arrivée, il n'a plus approvisionné de proie au moment des éclosions, provoquant la mort des poussins malgré les tentatives "désespérées" de la femelle GY pour aller pêcher. Après cet échec, et apparemment délaissée par le mâle 44, la femelle  GY est d'abord restée, puis a paru s'absenter, et est allée ensuite rejoindre le mâle RO à son nid habituel vers le 5/08.

Après l’échec de GY, son nid est resté occasionnellement vacant, ce qui a attiré d’autres Balbuzards même en fin de saison de reproduction.

C'est à partir de fin juillet que la femelle portant une bague orange 02, ayant elle-même échouée dans sa reproduction sur le nid public, "Ravoir 1", a été observée venant se faire offrir temporairement des proies sur le nid de GY par un jeune mâle de trois ans B6, qui semble vouloir se l'approprier pour le futur... Le mâle 44 n'a plus éte vu sur ce nid en fin de saison. A noter l'apparition sur le nid le 01/08 d'une jeune femelle de 2ans L4, qui se fait chasser par la femelle GY .

Femelle GY chasse la jeune femelle L4 , de son nid le 1er Août, 2009.

 

Le jeune mâle, B6, un futur maître de ce nid ? Ici en visite le 21 Août 2009

 

 

 

Les photos ont été réalisées sans affût, sans déranger les oiseaux et les notes ont été recueillies par Gilles Perrodin

 

 

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